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Affaire des faux-billets : 2 ans dont 8 mois ferme requis contre Thione Seck

thione balago seck

C’est le 23 mai 2019, que le tribunal correctionnel de Dakar va, en sa troisième Chambre correctionnelle, donner le délibéré de l’affaire des faux billets ayant traîné le chanteur Thione Ballago Seck à la barre. Il risque 2 ans de prison, dont 8 mois ferme.

Il se contrôle pour ne pas craquer. Malgré le battement accéléré de ses cils, refoulant désespérément ses larmes, la goutte rebelle s’écrase sur sa joue terne, ridée par l’âge. À l’entame des débats, il avait martelé son innocence : «Je ne fabrique pas de faux billets. Je ne le ferai jamais. Je ne sais pas comment le faire. Je n’ai pas le matériel adéquat pour le faire…» Pris d’émotion, il ne finit pas sa phrase. Sa litanie de certitudes se brise dans un sanglot après un léger tremolo dans la voix. Pour lui permettre de retrouver son calme, le juge Magatte Diop, chargé de trancher cette affaire d’association de malfaiteurs, de contrefaçon de signes monétaires ayant cours légal à l’étranger, de complicité de ce chef, de tentative d’escroquerie et de blanchiment de capitaux, suspend l’audience. Mais, très émotif après ses premiers sanglots, Thione pleure encore lorsque, lors de sa plaidoirie, un de ses avocats, Me Bamba Cissé, revient sur sa carrière, sur l’homme «digne» qui a été «humilié, gardé à vue, mis en cave, envoyé en prison…» pour «du papier». Inconsolable, Thione pleure en silence, se mouchant avec le mouchoir tendu par son conseil. À la fin des plaidoiries, il salue son autre avocat Me Ousmane Sèye, colle son front à la main de la robe noire et sanglote…

«J’ai été bluffé, marabouté et trompé… je n’ai pas compris. Et même dans ma tombe, je ne vais pas comprendre…»

Pourtant, depuis le début de cette affaire, ouverte sous des exceptions de nullité formulées par la défense et jointes au fond par le juge, il est resté serein. Au juge, Thione dira : «Ça fait 45 ans que je fais de la musique, que je signe des contrats. Jamais je n’ai eu de problème. Même dans ma tombe, je ne vais pas comprendre… J’ai été bluffé, marabouté et trompé. J’ai remis 87 millions de FCfa à Joachim Cissé et je m’en suis rendu compte 7 heures plus tard. Avec cette histoire, on a gâché mon image, la carrière de mon fils…» Revenant sur la découverte du sac de billets retrouvé chez lui, Thione explique avoir été contacté par quelqu’un qui se dit être le président de l’association «New vision», basé en Suède. «Durant un mois, on a parlé au téléphone. Il m’avait proposé une série de concerts en 105 dates. Quand ils m’ont demandé à combien j’allais leur faire les prestations, j’ai répondu à 120 millions d’Euros. Il a promis de me revenir après leur réunion. Par la suite, on s’est accordé sur 100 millions d’Euros (65 milliards de FCfa). Mon interlocuteur m’a alors dit qu’un certain Joachim Cissé, un homme que je n’oublierai jamais, allait m’apporter l’acompte. C’était tellement beau que je ne voulais y croire. Je me disais que c’était un Gambien qui avait pris de la drogue et me racontait des histoires. Et le jour où le gardien m’a dit qu’un certain Joachim Cissé demandait après moi, j’ai sursauté en lui disant de le laisser entrer. Il a emmené le sac d’argent. C’est un homme très correct. Ils m’ont dit qu’ils vont revenir dans 5 jours pour signer le contrat. La somme d’argent étant importante, je voulais signer le contrat en présence de mes avocats. Si c’était 5 millions, ou 10 millions de FCfa, j’aurais signé sans mes conseils… C’est donc ce sac d’argent que les gendarmes ont trouvé dans mon salon», se dédouane Papa Thione.

«Dama tite beu tog si sac bi… Dagnouma dorr»

Poursuivant, le chanteur confie : «Deux jours après, Joachim est revenu pour me dire que les gars demandent à ce que je leur prête 100 millions de FCfa. Je lui ai demandé le pourquoi ? Joachim me dit: Mais Papa Thione, ils t’ont remis avant-hier un paquet d’argent. Me prenant la main, il me la serre et l’agite. Quelques minutes après, je suis allé prendre une enveloppe qui contenait 85 millions de FCfa que je lui ai remise. C’est 7 heures après, que j’ai réalisé que j’avais remis cet argent. Je suis resté, deux jours, sans avoir de leurs nouvelles. J’ai commencé à tiquer. Le soir où j’ai décidé de saisir la Gendarmerie, les enquêteurs ont débarqué avec Alaye Djité. Vous savez : «Dagnouma dorrr (Ils m’ont eu).» Dans la salle, ça pouffe de rire. «Lorsqu’ils sont venus me dire que l’on me soupçonnait de détenir des faux billets, j’ai automatiquement pensé au sac. «Dama tite beu tog si sac bi» (J’ai tellement eu peur que je me suis assis sur le sac). Si je savais qu’il y avait des faux billets, ils ne trouveront pas cet argent. Il faut dire que je n’ai pas dépaqueté l’argent. Mais, on voyait un billet de 100 Euros en haut et en bas. Si les gendarmes n’avaient pas coupé les paquets, je ne saurais pas qu’il y avait du kleenex. Je n’avais pas ouvert, car je me disais que le contrat n’étant pas signé, l’argent ne m’appartient pas.» Au juge, Thione rappel : «Alaye Djité a dit devant moi avoir confectionné les billets, mais ne savaient pas que ça allait atterrir chez moi.» Avec amertume, le leader du Ram-Dam parle des conséquences néfastes de son arrestation : «On a gâché mon image, ma carrière, la carrière de mon fils. Et ma santé aussi. Je prends 14 comprimés après mon arrestation.» Puis, Thione d’imaginer sa honte si jamais il avait suivi la demande de son interlocuteur : «Il m’a dit : ‘’Papa Thione, je suis Gambien, je ne connais personne au Sénégal.’’ Il m’a demandé de le mettre en rapport avec Serigne Mboup, Ahmet Amar. Si je l’avais fait, quelle honte j’aurais eu.»

 

«Je me disais que si ce contrat de 65 milliards de FCfa était vrai : Ngeweul dotoul manquer Tieb»

Le juge Maguette Diop qui l’a écouté avec attention lui demande : Vous avez un 4×4 de couleur noire ? Oui, répond Thione. Les gendarmes disent vous avoir aperçu au moment de recevoir le sac à la station de Ouest-Foire, lui signifie le juge Diop. Réponse : «Je respecte les gendarmes, mais ils ne disent pas la vérité. Je viens 4 à 5 fois à la station, car j’ai des étrangers qui viennent me voir. Vous savez, signature de contrat napanté-la ! Quand on m’a parlé de 105 dates, je leur ai dit 120 millions d’Euros.» Le juge Maguatte Diop revient à la charge : Pourquoi avoir reçu autant d’argent sans décharge, contrat… Thione répond : «Si c’était 10 millions de FCfa, je n’allais pas appeler mon avocat. Pour moi, j’ai décroché le contrat du siècle. Quand on m’a emmené l’argent avec l’avance 5 millions d’Euros, dans ma tête, les projets se bousculaient. Pour moi, c’était la récompense de Dieu de ces 45 années de dur labeur. Je me disais que si ce contrat était vrai : Ngeweul dotoul manqué tieb», répond-il. Et d’ajouter : «Cette proposition de 105 dates, aucun artiste ne l’aurait rejetée.» Le juge de relancer : Pourquoi n’avoir pas retiré de l’argent du sac reçu, au lieu de prendre votre argent pour leur faire ce prêt. «Puisqu’il disait revenir avec l’ambassade de Suède pour signer le contrat, je n’ai pas touché à cet argent. Le contrat n’étant pas encore signé, je me disais que l’argent du sac ne m’appartenait pas encore.» Pour ce qui est des 34 millions de FCfa retrouvés chez lui, Thione explique leur provenance : «Ma fille, Momy, a une voiture qui vend à manger. C’est ma femme qui garde l’argent de ces recettes. Ce sont les 7 millions de FCfa. Quant aux 27 millions, ils proviennent des recettes de la boîte de nuit «Penc Mi». Le juge Diop : Vous avez un compte bancaire, pourquoi garder autant d’argent chez vous ? «Je ne laisse que 2 à 3 millions de FCfa en banque. Si je paie mes employés, le reste, je le garde.» Me Mbaye Sall, un des avocats de la partie civile, la Bceao, de demander : On vous donne une avance de 5 millions d’Euros, soit 30 milliards de FCfa, pourquoi n’avoir pas vérifié ? Thione se répète, indiquant qu’il ne voulait pas toucher à l’argent, vu que le contrat n’avait pas été signé.

Alaye Djité : «Les billets retrouvés, c’était pour des films… J’ai travaillé dans Tundou Wundu»

Sur sa relation avec son co-prévenu, Alaye Djité, Thione Seck dit l’avoir vu deux fois, mais qu’il ne le connais pas. Le Malien Djité confirme : «On s’est vu deux fois. La première fois, c’était avec un courtier, je devais accueillir des acteurs culturels et je cherchais des maisons où les loger. On a dépassé un monsieur en boubou et le courtier m’a dit que c’était Thione Seck. Il a échangé les numéros avec ce monsieur. La deuxième fois, je l’ai trouvé faire l’entretien de ma voiture.» Se souvenant de son arrestation, il dit : «Je marchais lorsque les gendarmes de Nord-Foire m’indiquent que j’étais recherché. On m’a emmené en direction de la maison de Thione Seck. Au moment d’arriver, il y avait des journalistes.» Sur les billets retrouvés dans son appartement, il explique : «Je travaille dans beaucoup de films Sénégalais, dont Tundou Wundu. Le papier, c’était pour tourner ce film. Il n’y a d’ailleurs pas de numéro. Dans aucun film du monde, vous ne verrez quelqu’un utiliser de l’argent authentique. Je travaille dans 16 films. Même un aveugle peut savoir que c’est du papier», dira-t-il. Le juge Magatte qui sort les scellés, décident de les ouvrir à la barre. C’est Me Bamba Cissé qui déballe le paquet, révélant des coupures de papiers de couleur verte. «Voilà, s’exclame Thione, c’est du mouchoir. Et ils ont dit des milliards retrouvés chez monsieur Thione Seck.»
Les débats clos, les avocats de la Bceao, Mes Mbaye Sall et Moussa Sarr, parlant de préjudice moral, ont demandé le franc symbolique. Ils ont défendu leur constitution contestée par la défense, avant de plaider en faveur de la condamnation. Pour prouver que Thione et Djité se connaissent, ils évoquent un appel téléphonique entre les mis en cause à 01H44mn du matin et leur ami en commun, le nommé Chérif Sakho qui serait descendu de la voiture de Djité, quelques minutes avant l’arrestation de celui-ci. Sakho est, selon Thione, un client de «Penc Mi».

«Alors que l’on parlait de 42 milliards, il s’agissait en vérité de 42 blocs de papiers»

Le Procureur Seydina Omar Diallo, estimant que dans cette affaire il y a eu des recoupements, Djité mérite 4 ans de prison. À l’encontre de Thione, il a demandé la disqualification de la complicité de contrefaçon de signes monétaires, en détention de signes monétaires, avant de requérir 2 ans de prison, dont 8 mois ferme. La défense de Alaye Djité, assurée par Mes Babacar Mbaye, Ibrahima Mbengue et Ndèye Fatou Sarr, a plaidé la relaxe de son client. La défense de Thione, assurée par Mes Ousmane Sèye, Bamba Cissé, Alioune Cissé et Alioune Badara Fall, a démonté l’accusation. Pour les robes noires, Thione doit être purement et simplement relaxé. «Dans cette affaire, il s’est enrichi en Toc», dira Me Alioune Cissé, suivi de Me Bamba Cissé qui, un papier vert entre les doigts, raille : «Alors que l’on parlait de 42 milliards, il s’agissait en vérité de 42 blocs de papiers.» Me Sèye, quant à lui, éjecte la Bceao et ses conseils de la procédure, avant de faire la demande conventionnelle en réclamant à la Bceao le franc symbolique. À la fin de l’audience, Thione Seck sera fixé sur son sort le 23 mai prochain.

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